J2034 : Francis & Ses Peintres - La Paloma

Tracklist :
01. La Paloma
02. Bobo Land
03.Capri c’est fini
04. 04.05.06
05. I touch, I break, I pay
06. l’idole des jeunes
07. olivier twist
08. dimanche soir
09. Cu in Taïwan
10. Blaireau.com
11. Le douanier Rousseau
12. To be Ornette
Pour ce nouveau projet François Ripoche (aka Francis Ripolin) s’est entouré de trois complices de longue date : Fred Chiffoleau à la basse, Christophe Lavergne à la batterie et Gilles Coronado à la guitare.
Bien qu’appartenant d’abord à l’univers du jazz, ils ont tous en commun le fait de travailler également avec des chanteurs de pop et de rock. Ces expériences diverses ont donné envie à François de confronter ces différents genres dans ce qu’ils ont de meilleur : côté pop/rock : le son organique, la solidité de la rythmique, la force des mélodies, côté jazz : l’improvisation , les polyrythmies, la richesse des timbres.
Le premier album, intitulé « La Paloma », sortira en avril 2008 sur le label Yolk. Enregistré au Fuzz’Yon et au Pannonica dans les conditions du live, avec le concours d’Olivier Ménard à la prise de son et au mixage, il bénéficie également de la participation de Katerine sur certains titres.
Après « Out of the Blue », qui était un projet orienté électronique, j’ai souhaité revenir au saxophone en créant un groupe acoustique, sans pour autant m’en tenir à une forme « classique » de jazz. Trouver une combinaison autour de la chanson, ne serait-ce que pour le format ou la rythmique, c’est l’idée que j’avais en tête avant de commencer. Je me suis donc entouré de gens qui ne jouent pas uniquement du jazz et qui peuvent donc partager cet état d’esprit. Gilles Coronado a joué avec Fred Poulet et Jeanne Balibar, Christophe Lavergne avec Hélena Noguerra, Fred Chiffoleau avec Anna Karina. Techniquement, ce sont des musiciens très forts mais ils prennent également beaucoup de plaisir à jouer des choses simples.
J’avais également envie d’un son assez brut. C’est peut-être en réaction à une sorte de perfection actuelle dans la prise de son : avec l’informatique, toutes les impuretés sont gommées, et la réverbération donne parfois un côté trop lisse à la musique. À l’inverse, Gilles Coronado a un son plutôt rock que j’aime beaucoup. Je voulais conserver cette couleur sur le disque et la retrouver sur scène.
L’idée centrale, c’est de s’emparer des formes de musique populaires pour y glisser notre grain de sel, un peu comme le font aujourd’hui Marc Ribot ou Sexmob, et comme l’ont fait hier nombre de jazzmen. Partir d’éléments familiers pour le public afin de l’amener vers autre chose, voilà ce qui nous plaît. Concrètement, il s’agit par exemple de modifier la rythmique, d’introduire des mesures impaires et de ne pas se limiter aux mesures à quatre temps ou à deux temps. Harmoniquement, c’est s’éloigner des schémas traditionnels pour introduire plus de tension. Mais cette déconstruction réclame beaucoup de subtilité pour fonctionner, et ne pas s’égarer dans la parodie, que ce soit pour les compositions originales ou pour les reprises.
Je travaille avec Katerine, depuis plus de dix ans, nous avons participé à différents projets ensemble, dont un duo improvisé, lui aux paroles et moi aux machines. Je suis un fan du chanteur (pourtant vendéen !) spécialement lorsqu’il interprète les ballades. Le choix des chansons sur cet album n’est pas de l’humour, du second degré, par exemple lorsque nous reprenons « Le douanier Rousseau » avec Katerine, c’est parce que Philippe aime réellement cette chanson. Quant aux mélodies de « L’idole des jeunes » ou de « Capri c’est fini », je les trouve tout simplement superbes.
Jazzman - N°147 [juin2008]
Peinture Fraîche. François Ripoche s’empare de chansons populaires pour leur donner une deuxième jeunesse.
Soliste apprécié, François Ripoche s’illustre depuis des années aux avant-postes mais aussi dans les lignes arrières de la filière nantaise. On se souvient de son « Out of the Blue », bel essai autour des tentations électroniques, qui ne connut pas l’écho qu’il méritait. Depuis, le saxophoniste a aussi développé un hommage à l’univers « africaniste » de Don Cherry. Le revoilà sous les traits de Francis Ripolin, accompagné de ses peintres, manière de décrire d’emblée l’esthétique de cet objet : « s’emparer des formes de musiques populaires pour y mettre notre grain de sel ». Pour ne pas être nouveau – l’histoire du jazz étant fondée sur ce principe de base – le propos n’en demeure pas moins réjouissant pour peu que les développements harmoniques et le retraitement rythmique remettent en perspective les lignes mélodiques, en les brisant de quelques traits d’esprit ou les prolongeant de touches plus abstraites. C’est le cas ici, par cette joyeuse équipe, quatre amis dont les talents sont loués par le monde du jazz mais aussi par l’univers de la chanson. Pour preuve, la reprise fantasque de cette bonne vieille Paloma, relookée tant et si bien qu’elle prend un sérieux coup de jeune, entraînant d’un swing léger vers la piste de danse. Là où l’on retrouve Katerine, complice du saxophoniste depuis des lustres, le temps de trois reprises pas piquées des hannetons : Capri, c’est fini, aux faux airs un tantinet lugubre, L’Idole des jeunes, un rien autobiographique sous sa voix tendrement fêlée et les accords gentiment déjantés, et puis cet incroyable Douanier Rousseau, Ode un brin tragicomique aux flamboyances exotiques que nous sert avec punch cette compagnie autrement créolisée. (Jacques Denis)
Jazz Magazine - N°593 [juin 2008]
Le saxophoniste François Ripoche, dit Francis Ripolin, est allé débaucher des artistes mi-grand œuvre mi-bâtiment pour colorier ses compositions déjà bien ébauchées. Il a ainsi cueilli trois musiciens prêts à en découdre avec tous les styles, du jazz à la chanson, trois pieds et mains nickelés, habitués des formations tangentielles à vent et à vapeur. A cette joyeuse bande réunie, il manquait un maître de chant(ier), un zozo coutumier des rencontres bariolées et du fricotage avec le jazz : Katerine. Le résultat ? Huit compositions qui dépotent à l’image d’un Oliver Twist fidèle à son nom. Entre Jim Black et Steve Coleman, Francis et sa bande parviennent à jouer comme chacun dans son coin, chacun dans son style, tout en offrant un alliage des plus fermes. Aussi à l’aise sur le jazz-rock (Bobo land) que sur les ballades sensuelles (Dimanche soir), la guitare et le saxophone se complètent à merveille, admirablement soutenues par une paire rythmique menée d’une baguette de fer. Cerise sur le tableau : quatre reprises dont trois surprises chantées où l’invité impose son flow nonchalant : si les arrangements sont plus classiques que ceux d’un Malik sur « 13 XP Song’s Book », ils ne manquent pas de trouvailles rythmiques (Le Douanier Rousseau). Disque qui ne se prend pas au sérieux tout en maîtrisant son sujet, la « Paloma » vaut le détour, et plutôt deux fois qu’une ! (Mathieu Durand)
Ecoutez La Paloma