A propos du disque
Après les disques Kahmsïn (2020), Red Sisters (2021) et No Dahïs (2023), le duo NoSax NoClar publie avec Twofold son quatrième album et continue d’arpenter les cimes du dialogue improvisé, offrant un extraordinaire aperçu de ce qu’est l’interplay dans le jazz. Un duo au sein duquel les clarinettes de Julien Stella, au jeu ciselé et velouté, offrent une formidable structure aux développements et envolées virtuoses des saxophones (soprano et alto) de Bastien Weeger.
L’on retrouve bien entendu avec Twofold ce qui fait la marque du groupe depuis ses débuts : l’influence des musiques extra-occidentales — sub-sahariennes, méditerranéennes, balkaniques, et plus encore — dans l’écriture des thèmes, ainsi que celle de la grammaire du be-bop et de la grande tradition du jazz. Entre ostinatos et contrepoints, passant d’une ligne jouée à l’unisson au tumulte de l’improvisation collective, nos deux protagonistes bâtissent un monde musical bien plus vaste que celui que l’on pourrait attendre d’un duo d’instruments à vents, avec des compositions laissant entendre un ancrage rythmique tellurique — appelant parfois à la transe — et une palette infinie de couleurs harmoniques.
Si la musique de NoSax NoClar est une véritable invitation à l’itinérance, le duo sillonne littéralement les quatre coins du globe depuis sa création avec des tournées en Australie, au Brésil, au Canada, et partout en Europe : c’est d’ailleurs sous les hautes latitudes de la Finlande qu’a été composé en grande partie ce nouveau répertoire, lors d’une résidence de création à l’été 2025.
Le disque, qui s’ouvre par une délicieuse et envoutante « Valse Rouge » à cinq temps, nous plonge avec « Numero Quattro » dans une écriture contrapuntique elliptique avant de redescendre en douceur avec la légèreté des ostinatos d’une « Mazurka ». La composition « Rindaman » évoque quant à elle aussi bien l’album Conference of the Birds de Dave Holland que le minimalisme de Nik Bärtsch, alors que le morceau « Balafon », qui laisse percevoir un langage issu du be-bop, arbore un style nettement plus afro-funk. Le titre éponyme, « Twofold » est une véritable spirale de transe construite sur des cellules mélodico-rythmiques insaisissables ; ce avant de laisser place à interlude fascinant, chanté par Julien Stella, « Am Iridaï », sur lequel le clarinettiste joue de son instrument sans bec, imitant le timbre d’une flûte mandingue. Enfin, l’écriture de « Woods » nous replonge dans ce jeu en ostinatos si cher à NoSax NoClar, quand « Iridaï », qui clôture l’album, sonne comme le témoignage d’une signature stylistique retraçant plus de six ans de musique à deux.